Colloque Zo&Ki « l’enfant créateur » à Lyon

Lyon photo lancement journee et intervenants

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Article retraçant les interventions de cette journée.

Matin : Elsa Job-Pigeard et Florence Lerouge, ont donné une conférence/débat sur le thème de l’enfant créateur de son langage.

Nous pouvons nous demander quel est le lien entre l’enfant créateur et la construction du langage. Les étapes par lesquelles l’enfant passe, de 0 à 3 ans notamment, sont à chaque instant source de nouveautés et de créativité. L’enfant, depuis sa naissance, découvre, observe, expérimente, d’abord à proximité de lui, puis, quand sa motricité le lui permet, il part à l’aven­ture découvrir et comprendre, le monde. L’enfant est un « explorateur nu » (Jean Epstein), cette appropriation du monde est source d’inconnus, de nouveautés, de découvertes, essentiels à son développement harmonieux. L’enfant crée, en découvrant le monde, en développant ses relations au monde, et en interaction avec les adultes.

Nous avons demandé au public de nous donner des noms de jeux „créatifs“, ou d’activités créatives.

Juste après, nous leur avons posé quelques questions afin de leur permettre de réfléchir à propos du jeu créatif et de l’enfant créateur, est-ce que c’est la même chose, et de quoi parlons nous?

-Quand vous avez proposé un jeu créatif:

a)Est ce qu’il avait un objectif dit-éducatif?

b)Estce qu’il y avait un résultat pré-défini?

c)Est ce que l’enfant a eu des occasions de transformer des choses au cours de ces expériences de jeu?

d)est-ce qu’il a pû inventer, créer, imaginer, pour lui même et réaliser quelque chose qui n’était pas prévu?

Quand l’enfant expérimente, il fait varier les situations, en reproduisant la même action sur différents objets, ou en variant les actions sur le même objet, il est „cause de“. La définition de la créativité est: être la cause de quelque chose, cause de …, le provoquer, le susciter, l’engendrer. C’est la faculté d’invention, d’imagination. Là nous sommes au coeur du sujet. L’enfant créatif, l’est partout, tout le temps, et quelque soit les supports. Mais pour cela, il faut veiller à lui laisser le temps et l’espace d’expérimenter, et d’éprouver les objets, la matière et l’espace environnant. Ainsi, dans la répétition, il va construire son „espace à penser“ (Cf travaux de Lydie Morel Cogi’act) et pouvoir anticiper le résultat de ses actions. Cet espace à penser est essentiel dans la construction de l’enfant si l’on veut qu’il accède à la pensée symbolique, donc aux mots (qui viennent en place et lieu de quelque chose d’absent).

Pendant cette conférence, nous avons voulu montrer le parallèle entre la construction de la pensée de l’enfant qui se fait avec les objets, et les adultes, et la construction du langage. Et que dans cette construction l’enfant est créateur car il est „cause de“. Nous pensons que toutes ces étapes décrites précedemment, sont les mêmes pour le langage.

Construire le langage c’est jouer avec les mots, s’approprier les règles en les transformant au départ. Par exemple, quand l’enfant dit: »sontaient » pour « étaient », c’est qu’il a compris que le passé, ou « l’avant » s’exprime avec le son « è », comme « mange » devient « mangeait », pour évoquer le passé, et il l’applique à d’autres verbes, quand il veut parler de quelque chose qui s’est déroulé avant! C’est comme « fleurier » pour « fleuriste », car il connaît peut-être plusieurs métiers dont le nom finit pas « ier », et il l’applique à ceux qu’il ne connaît pas encore, mais qu’il « fabrique » à partir de ce qu’il connaît, de son « connu » afin de « créer » d’autres mots et d’autres phrases. L’enfant transfère, généralise, fait des liens, et des essais-erreurs, si l’enfant n’a pas l’occasion de le faire, il y a beaucoup de risque pour qu’il prenne du retard dans la construction de son langage ….Et ce qu’il fait, là, c’est exactement ce qu’il fait sur les objets, librement et selon ses besoins, en créant de nouvelles situations ou de nouvelles actions, et en les répétant pour mieux se les approprier et vérifier que « ça marche » tout le temps, et en interaction avec l’adulte aussi. Car l’adulte va mettre en mot, suggérer, faire des hypothèses, faire varier les situations. Mais il va aussi, s’émerveiller, cueillir et accueillir ce que le petit « agit » et « met en mots » à son tour.

Les transformations nécessaires pour construire la pensée, sont les mêmes pour construire le langage. Le langage se construira si on autorise l’enfant à explorer tous les possibles, que ce soit à travers une expérience physique, ou logique ou de jeu dit « créatif ».

Il faut essayer d’être attentif aux besoins de l’enfant dans son cheminement en donnant du sens à ce qu’il fait, en mettant en mot ce qu’il crée, sans quête de performance ou résultat.

En acceptant que l’enfant laisse libre cours à ses besoins, ses envies et sa créativité, dans un espace et un temps qui lui sont propres, on lui permet de vivre toutes les étapes nécessaires à la construction de sa pensée, de son langage pour, plus tard, faciliter l’entrée dans les apprentissages.

Après-midi : la journée s’est poursuivie par une conférence donnée par Joëlle TURIN, Rédactrice en chef de Lectures Jeunes et responsable de la formation au sein de l’association Lec­ture jeunesse de 1985 à 1990, Elle a également été Responsable de la formation et des publications au sein de l’association A.C.C.E.S. (Actions Culturelles Contre les exclusions et les Ségrégations) de 1990 à 2007. Actuellement, formatrice, critique en littérature de jeunesse, elle participe à des colloques et journées d’étude, prend en charge des formations pour le personnel de la petite enfance, les bibliothécaires, les enseignants, les bénévoles d’associations (Lire et Faire lire, CRILJ, AFEV,…). Elle est membre du Conseil d’administration de l’agence « Quand les livres relient » et LIRE à PARIS.

Son intervention nous a particulièrement intéressées, car au-delà de ce qui est communément partagé sur l’importance du livre dans la construction du langage de l’enfant, nous connaissons moins par exemple, le lien entre la construction de la pensée de l’enfant (avec toutes ses étapes: attention partagée, anticipation, régularité, permanence de l’objet, réversibilité…) et le livre. Dans les livres la narration permet aussi de faire exister ce qui n’existe plus, ou n’a jamais été. L’histoire racontée dans le livre va permettre une distorsion du temps que l’enfant ne peut qu’incorporer parce qu’il entend parler à côté de lui. Ce que dit Joëlle Turin s’inscrit dans notre posture et notre intevention pendant cette journée, car à travers des exemples d’ouvrages, tel que “bloub, bloub, bloub“ de Yuichi Kasan, ou“ Fourmi“ de Olivier Douzou, ou encore “Alboum“ de Nicole Clavelou, Joëlle Turin nous parle de la pensée de l’enfant car on fait confiance à l’enfant “à penser“, à mettre du sens. Ce moment avec le livre, est une collaboration active de la pensée de l’enfant, de son imaginaire. Le livre est une continuité, entre la toute petite enfance de l’enfant, l’abstraction du jeu et l’abstraction narrative.

Joëlle fait le lien entre la construction de la pensée de l’enfant et l’accès à l’histoire du livre. “Alboum“, par exemple, fait disparaître les objets, au fil des pages, pour un enfant qui n’a pas construit la permanence de l’objet, ce sera compliqué de comprendre, mais ce sera l’occasion d’aborder ce concept, de jouer avec cet apsect, et aider l’enfant à se rassurer, à se stabiliser avec cela quand la lecture est pensée. Le livre, l’histoire deviennent des “objets à penser“.

Le livre permet aussi à l’enfant d’anticiper, d’attendre, de répéter, d’assurer une continuité entre la petite enfance et d’où l’on vient, d’interroger cela en tous les cas. Enfin le livre permet le partage d’émotions que l’on n’aurait pas forcément exprimées.

Dans la seconde moitié de l’après-midi, nous avons assisté à la Conférence animée par Patricia Riverti, psychopédagogue, psychologue, art-thérapeute, Directrice de l’Atelier d’expression plastique Les Pinceaux – Centre de Formation à l’art-thérapie –ATEPP-CEFAT. Directrice de la Revue « Chantiers d’art-thérapie ».

Elle a conçu et animé pendant de longues années des ateliers d’expression ou d’art-thérapie auprès d’enfants.

Le titre de sa conférence:Les médiations plastiques, matières à créer“

Patricia Riverti commence par nous poser ces questions :

“Quelle différence y-a-t ‘il entre une cuillère et un pinceau ? entre la purée et la peinture ? entre un jouet et la pâte à modeler? Quelle est la particularité de ces matières qu’on appelle « plastiques » ? Les matières sont plastiques parce que sensibles, transformables, malléables mais aussi résistantes, elles peuvent être dures ou molles, fragiles ou solides, parfois obstinées ou rebelles… Ces matières à caresser, attaquer, effacer, déchirer, avec leurs propriétés et leurs manières de se comporter, sont un interlocuteur étonnant dans la relation corps à corps qu’elles proposent à l’enfant.

Que cherche à faire un enfant lorsqu’il manipule la matière plastique ? Quelles énigmes essaie-t-il de résoudre ? L’enfant créateur, comme l’artiste, est un chercheur qui essaie de donner forme à des questions informulables. Les médiations plastiques, dans une démarche créative, de prévention ou de soin, lui offrent un laboratoire où exercer sa plus grande liberté de chercher pour créer.

Ce qui a pu retenir notre attention, au-delà de l’intérêt de toute la conférence, c’est que “créer ce n’est pas seulement imaginer, c’est aussi faire“ (Winnicott). Cette conférence fait aussi le lien entre agir et penser. Les matières indéterminées, telles que la purée ou la peinture, n’ont pas de signification propre, on doit en faire quelque chose pour symboliser, figurer, donc penser, contrairement aux jouets qui ont une signification. Les propriétés des matières font qu’il y a certaines choses qu’on en peut pas faire avec, c’est le principe de réalité. La matière n’est jamais tout à fait là où l’enfant l’attend. Les traces laissées par ces matières et ce que l’enfant en fait, garantissent une existence, une présence à l’enfant dans ce monde.

Les matières plastiques vont faire le pont entre l’intérieur et l’extérieur de l’enfant, quelles énigmes l’enfant essaie de résoudre, des énigmes liées aux éprouvés de son corps. L’enfant est l’ouvrier de son propre corps, d’abord, puis avec la matière. Ce qu’il répète sur son corps d’abord, ou ce que l’adulte, répète à travers les régularités sensori-motrices, l’enfant l’éprouvera sur la matière ensuite. Il faut privilégier le processus de créativité de l’enfant sans se soucier du résultat, ne pas connaître le résultat qui empêche l’erreur, donc l’expérimentation et l’exploration qui permettent de construire les évidences logiques notamment.

Comme l’écrivait Winnicott :“le jeu et la créativité ne peuvent surgir que de cette aire de l’informe, non organisé, où les gestes et les êtres peuvent être ce qu’ils sont où le sujet peut enfin s’abandonner à être“.

 

Florence Lerouge, orthophoniste et co fondatrice de joue pense parle

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