La langue des signes pour communiquer avec bébé : nouvelle promesse de performance

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Pourquoi signer avec son bébé (entendant ) ?
En réaction à l’article « les avantages de la langue des signes » (lien ci-dessous), j’ai eu envie de vous donner mon sentiment à propos de cette idée.

http://www.signes-bebe.com/Les-avantages-de-la-langue-des

Cet article propose d’apprendre la langue des signes, dès le plus jeune âge!
Belle idée, si c’est pour pouvoir communiquer avec les personnes sourdes! Ici, il s’agit de rendre les enfants plus performants, voire même de les rendre plus intelligents. Nous nous retrouvons encore une fois, lancés, dans cette quête de la performance, dans cette course effrénée, liée à la crainte que les enfants n’apprennent pas assez vite à parler, au risque de ne pas rentrer dans les apprentissages scolaires.

L’article annonce : « communiquer avec votre enfant avant qu’il ne sache parler! »

Dès sa naissance, et même avant, tout est communication: les regards, les échanges verbaux, oraux, les mimiques, les câlins, les jeux de vocalises, le babillage….et les gestes ( car nous avons des gestes porteurs de sens, que nous utilisons naturellement avec les tout petits, afin d’étayer le sens des mots seuls) ! Et cela prend sens dans la situation vécue avec l’enfant, le nourrisson, dans la répétition et l’imitation.

Le langage va se construire, au fur et à mesure des échanges, pendant lesquels l’enfant va répondre aux sollicitations, puis initier ces échanges. Le langage ne s’apprend pas, il se construit, en situation, et dans une relation.

Aller plus vite, pourquoi?

La construction de la langue des signes, va prendre le même temps que la construction de la langue orale! Car quelle que soit la langue, sa construction va nécessiter de passer par les mêmes étapes: échanges, non-verbal, ajustement, essai-erreur, affectif, attention-conjointe, feed-back, écholalie, permanence de l’objet, mimétisme, sens, intention…

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La langue des signes lui permettrait d’ « exprimer ce qu’il ressent » plus tôt.

L’enfant vit longtemps dans l’immédiateté, et dans la satisfaction immédiate de ses besoins. Or, au fur et à mesure des mois, il commence à pouvoir attendre, donc à « être moins frustré », quand il a construit un « espace à penser » (1) qui lui permet de penser « à propos » de quelque chose. Cet espace à penser, va permettre à l’enfant de prendre conscience de ses besoins, et d’avoir envie de les formuler.

L’enfant qui a besoin de s’exprimer, qui construit le langage, qu’il soit oral ou signé, qui commence à comprendre le monde qui l’entoure, qui commence à vouloir dire ce monde, en nommant les objets, cet enfant se saisira de tous les moyens de communication.

L’article évoque « les frustrations » provoquées par des difficultés de communication

C’est là, aussi, que la construction de la langue prend sa source. En effet, quand l’enfant veut exprimer quelque chose, il utilise tous les outils connus, et, l’adulte va interpréter les tentatives de l’enfant pour se faire comprendre, il va mettre du sens dans ce qu’exprime l’enfant. Dans ces tentatives, la communication ne génère pas beaucoup de frustrations, car l’enfant se sent écouté, et respecté dans ses besoins. Il ne s’agit pas de dire qu’il faut frustrer l’enfant, mais le langage va, aussi, émerger à travers un besoin donc un « manque » ou « l’absence » de quelque chose, auquel nous allons tenter de répondre.

En conclusion, je pense que les enfants ont d’abord besoin d’être accompagnés, par les adultes, dans leur développement, en construisant, ensemble, une relation basée sur une communication bienveillante et harmonieuse sans objectif ou résultat programmé. Ainsi, le langage émergera, au rythme de chaque enfant, et en respectant ses besoins.

Florence Lerouge, orthophoniste, sophrologue et co-fondatrice de joue pense parle.

(1) référence aux travaux de Lydie Morel, orthophoniste, chargée d’enseignement et membre de Cogi’Act.

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